La visite de Gérard Larcher, au Sahara occidental, considérée par l’Algérie comme « irresponsable, provocatrice et ostentatoire », est perçue comme un énième acte de soutien à la souveraineté du Maroc sur ce territoire disputé. Fin juillet 2024, Macron avait déclenché une crise diplomatique majeure avec Alger en soutenant le plan d’autonomie marocain.
Le Conseil de la nation, chambre haute du Parlement algérien, a annoncé le 26 février la suspension immédiate de ses relations avec le Sénat français. Cette décision inclut l’arrêt du protocole de coopération parlementaire signé entre les deux institutions le 8 septembre 2015. Cette mesure fait suite à la visite du président du Sénat français, Gérard Larcher, dans la ville de Laâyoune, située au Sahara occidental, une région disputée et contrôlée par le Maroc.
L’institution algérienne considère cette visite comme « irresponsable » et « provocatrice », estimant qu’elle constitue une violation flagrante des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies et de la légitimité internationale. « Le bureau du Conseil de la nation, tout en condamnant et en dénonçant vigoureusement cette visite, ses justifications et ses objectifs, et en la rejetant catégoriquement, la considère comme un défi flagrant, un parti pris scandaleux, voire une harmonisation avec les politiques coloniales et les thèses makhzéniennes hostiles à la légitimité internationale et aux chartes des Nations unies », indique un communiqué du Conseil.
L’Assemblée populaire nationale (APN), chambre basse du Parlement algérien, a condamné de son côté cette visite la qualifiant de « grave dérive de l’extrême droite » et de « violation flagrante du droit international et des résolutions des Nations unies ». Cette visite intervient dans « le contexte des tentatives manifestes de la vieille école colonialiste », qui s’est emparée des institutions françaises, visant à conférer « une légitimité factice à l’occupation marocaine », soutient l’APN dans un communiqué.
La suspension des relations entre les deux chambres hautes des parlements français et algérien marque un énième épisode dans la détérioration des relations bilatérales entre Alger et Paris sur fond de crise diplomatique majeure entre les deux pays.
Le Sahara occidental à l’origine de la crise
Cette crise, caractérisée par des poussées de fièvre récurrentes et par une « guerre médiatique » dénoncée des deux côtés, a été marquée récemment par les expulsions ratées de migrants et les restrictions sur les visas contre les dignitaires algériens, mais aussi par l’affaire Boualem Sansal et la polémique des frais de soins impayés. À cela s’ajoute la volonté affichée par Paris de remettre en cause un accord sur l’immigration algérienne datant de 1968, ou encore la réactivation par Alger du dossier contentieux des essais nucléaires de la France coloniale dans le désert algérien.
À l’origine de cette crise : la reconnaissance par Emmanuel Macron de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental le 30 juillet 2024. Les dirigeants des deux pays multiplient depuis les joutes verbales et les accusations réciproques dans un contexte de plus en plus tendu, qualifié début février par Abdelmadjid Tebboune de « délétère ».
Le Sahara occidental, ancienne colonie espagnole, est considéré comme un « territoire non autonome » par l’ONU en l’absence de règlement définitif. Depuis près de 50 ans, un conflit armé y oppose le Maroc aux indépendantistes du Front Polisario, soutenus par l’Algérie voisine. Rabat prône un plan d’autonomie sous sa souveraineté exclusive, tandis que l’Algérie et le Polisario réclament un référendum d’autodétermination, sous l’égide de l’ONU, prévu lors de la signature en 1991 d’un cessez-le-feu, mais jamais concrétisé.
Alors qu’Alger avait rompu ses relations diplomatiques avec Rabat en août 2021, Paris a réenclenché un processus de réchauffement avec le royaume nord-africain, couronné fin octobre 2024 par la visite d’État d’Emmanuel Macron au Maroc, au risque de détériorer davantage les relations avec l’Algérie qui sont au plus bas niveau depuis des années, notamment en raison de la colonisation française (1830-1962) qui pèse encore très lourd dans les relations entre les deux pays.
Source : francais.rt.com