L’application « provisoire » de l’accord commercial avec les pays du Mercosur passe très mal en France, où la classe politique est unanimement contre ce traité de libre-échange.
À peine la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait-elle annoncé ce geste fort, vendredi, que des formations de tous bords ont réagi contre ce qu’elles considèrent être un « passage en force » de Bruxelles.
Le président français, Emmanuel Macron, a dénoncé une « mauvaise surprise » et une « mauvaise manière » de la part de la Commission européenne.
« C’est une grande responsabilité vis-à-vis des agriculteurs qui ont exprimé leurs inquiétudes », et « c’est aussi une grande responsabilité vis-à-vis des citoyens européens et de leurs représentants qui n’ont pas été dûment respectés », a protesté le président français lors d’une déclaration au côté du Premier ministre slovène Robert Golob à Paris.
« C’est une décision que je regrette », a réagi la ministre française de l’Agriculture, Annie Genevard, la qualifiant de « très préjudiciable ».
« Ce n’est pas conforme au respect qui aurait dû prévaloir de la décision du Parlement européen », a-t-elle ajouté depuis les travées du Salon de l’Agriculture.
Après le feu vert des États membres en janvier, les eurodéputés avaient décidé de saisir la Cour de justice de l’UE pour vérifier la compatibilité du texte avec les traités européens avant de donner leur « consentement ». Dans l’esprit des élus opposés au Mercosur, la Commission aurait dû attendre le verdict des juges de Luxembourg avant d’entamer l’application provisoire.
C’est « un coup de force contre le Parlement européen », « contre la France » et « contre nos agriculteurs », a immédiatement déclaré le président du RN, Jordan Bardella sur X. « Un coup de force antidémocratique dont est responsable Emmanuel Macron, qui a cyniquement laissé faire durant des années la fuite en avant de la Commission européenne sur ce sujet », a-t-il ajouté, alors que la décision de Bruxelles intervient en plein Salon de l’agriculture et à une quinzaine de jours du premier tour des municipales en France.
« La France doit prendre clairement position contre ce 49,3 européen », a déclaré de son côté le coordinateur de LFI, Manuel Bompard, sur X, dénonçant lui aussi un « scandaleux passage en force » de Bruxelles. Quant au PS, son secrétaire général, Pierre Jouvet, a indiqué à la Commission européenne qu’elle pouvait « replier son stand au Salon de l’agriculture » puisque cette dernière venait de « trahir nos paysans ».
« L’application provisoire est, par nature, provisoire », a défendu Ursula von der Leyen, s’engageant à continuer à dialoguer avec les responsables et élus européens au cours des prochains mois sur ce dossier. « Nous avons besoin du Mercosur », a ajouté l’un des porte-paroles de la Commission européenne, Olof Gill devant la presse.
Fervent partisan de l’accord, le chancelier allemand Friedrich Merz avait réclamé cette application temporaire. La porte-parole du gouvernement français Maud Bregeon avait averti fin janvier qu’une application provisoire de ce traité de libre-échange constituerait « une forme de viol démocratique ».