Le général de division Mohsen Rezaï, secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale iranienne, a déclaré qu’un débat était en cours quant à savoir si l’Iran devait maintenir sa doctrine nucléaire actuelle en cas de reprise de la guerre, tout en soulignant que le ton des États-Unis avait complètement changé.
Lors d’une interview accordée à la télévision nationale samedi 31 octobre, le général de division Mohsen Rezaï a indiqué avoir reçu et examiné attentivement une lettre du vice-président américain JD Vance, sans toutefois y avoir encore apporté de réponse officielle.
Il a précisé qu’aucune nouvelle décision officielle ou gouvernementale n’avait, pour l’heure, été prise concernant la doctrine nucléaire iranienne.
« Aucune nouvelle décision n’a encore été prise » a-t-il déclaré, ajoutant qu’un débat interne était en cours : « La question est désormais de savoir si, en cas de nouveau conflit, nous souhaitons maintenir la même doctrine qu’auparavant. »
Il a ajouté que le changement de discours de Washington est manifeste. « Leur ton a complètement changé, ce qui constitue un très bon signe », a-t-il affirmé. « Louange à Dieu, la nation iranienne a consolidé sa victoire et sa puissance. »
Ces propos interviennent alors que des responsables iraniens ont réitéré, à plusieurs reprises, que la doctrine nucléaire du pays demeure, pour le moment, inchangée. Parallèlement, la porte reste ouverte à un réexamen, en fonction de l’attitude des États-Unis.
Dans des entretiens précédents, notamment avec la chaîne Al Jazeera en septembre, le haut responsable de la sécurité nationale iranienne a réaffirmé l’engagement du pays envers la fatwa du Leader martyr de la Révolution islamique interdisant les armes nucléaires. Il a toutefois averti que la poursuite des agressions et des pressions américaines et israéliennes pourrait conduire Téhéran à reconsidérer son adhésion au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP).
Par ailleurs, l’Iran a toujours conditionné toute reprise des négociations à la mise en oeuvre de ses sept exigences, parmi lesquelles figurent la cessation des hostilités sur tous les fronts, le dégel des avoirs iraniens et la levée du blocus naval. Téhéran insiste, en outre, sur le fait qu’aucun gramme de matière enrichie ne quittera le pays.
Doctrine nucléaire et revendications populaires
M. Rezaï a souligné que le peuple iranien a des revendications légitimes. Il a fait remarquer que l’ennemi a pris pour cible les installations nucléaires iraniennes, et ce, malgré la pleine coopération de Téhéran avec les inspections de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et la confirmation du caractère pacifique de son programme.
« Face à ces réalités, les gens se demandent pourquoi nous devrions continuer ainsi ? » a-t-il expliqué. « Il existe une demande populaire en faveur d’une modification de la doctrine nucléaire. Le peuple iranien a le droit d’exprimer ses revendications, mais le gouvernement n’a pas encore pris de nouvelle décision. »
« Le peuple iranien constate que, malgré des activités nucléaires pacifiques, l’ennemi a bombardé nos installations nucléaires et attaqué notre pays ; c’est dans ce contexte que ces revendications émergent », a-t-il déclaré.
Il a réaffirmé que l’Iran demeure membre du TNP et défendra fermement ses droits dans toute discussion nucléaire.
« Nous sommes signataires du TNP et nous disposons de vingt-deux droits ; s'il doit y avoir des négociations sur le nucléaire, nous exigerons le respect de ces droits. Nous défendons fermement les droits du peuple iranien, tout en tenant compte, bien entendu, de la dimension temporelle. Nous attendons désormais la réponse des Américains. »
La lettre et le ton adopté par les États-Unis
Concernant la lettre du vice-président américain, M. Rezaï a confirmé : « J’ai étudié cette lettre, mais je n’y ai pas encore répondu. Le ton a complètement changé et diffère de celui de la précédente lettre de Trump, ce qui est un signe de la puissance et de la victoire de la nation iranienne. »
Il a refusé de divulguer davantage de détails sur le contenu de la lettre, soulignant que la partie américaine ne l’avait pas rendue publique.
Diplomatie et conditions
Au sujet des efforts diplomatiques en cours, M. Rezaï a réaffirmé que l’Iran ne négocierait pas tant que ses conditions ne seraient pas remplies et qu’un véritable changement d'approche de la part des États-Unis ne serait pas démontré.
« Les pourparlers diplomatiques se poursuivent depuis plus d’un mois. Les Américains insistent sur des négociations, mais nous avons dit clairement que nous ne négocierions pas avec eux tant que nos conditions ne seraient pas remplies », a-t-il déclaré.
« Nous avions déclaré que nous devions constater un changement de ton de la part des États-Unis, et le respect des sept conditions pourrait être l’un des signes de ce changement », a-t-il ajouté.
Selon M. Rezaï, l’Iran a transmis ses conditions par l’intermédiaire des médiateurs, les Américains ont répondu, mais leur réponse n’était pas convaincante. Pour la deuxième fois, les Américains ont présenté des propositions plus appropriées que les précédentes. Toutefois, au regard des précédents de Washington, qui a lancé des agressions en pleine période de négociations, Téhéran reste sceptique, refusant de céder à un optimisme prématuré. Pour la troisième fois, ils ont formulé d’autres propositions qui soulèvent des ambiguïtés, et des démarches diplomatiques sont désormais en cours à ce sujet.
Concernant les divergences par rapport au mémorandum d’entente d'Islamabad, il a précisé que certaines zones d’ombre — notamment celles relatives à la gestion du détroit d’Ormuz — ont été clarifiées dans le cadre des sept conditions posées. « Il est peu probable que le détroit d’Ormuz soit rouvert tant que les conditions de l’Iran ne seront pas remplies. »
Contexte élargi et résilience nationale
Faisant référence aux déclarations des pays européens, M. Rezaï a souligné : « Le chancelier allemand a exprimé sa satisfaction lors de l’attaque du régime sioniste contre l’Iran, affirmant qu’Israël accomplissait le "sale boulot" de l’Occident. À présent, Macron et même Zelensky reconnaissent que la crise économique, en Europe comme dans le monde, découle de la guerre menée par les États-Unis contre l’Iran ; chacun a désormais conscience que si l’Iran souffre, le monde entier en pâtira. »
« Aujourd’hui, où qu’il aille, Trump doit justifier les raisons pour lesquelles il a déclenché cette guerre contre l’Iran », a-t-il déclaré. « Tout cela est le résultat de la résistance et du courage du peuple iranien ; le monde est aujourd’hui témoin de la grande capacité d'influence dont fait preuve ce peuple. »
« Il n’est pas une famille en Amérique qui n’ait subi les pressions engendrées par cette guerre contre l’Iran, et ces répercussions se font sentir à travers le monde entier », a-t-il ajouté.
M. Rezaï a par ailleurs souligné que ce récent conflit a démontré la pleine consolidation de l’État-nation en Iran au cours des 47 dernières années, ainsi qu’un large consensus parmi les responsables.
Il a appelé à poursuivre la résistance sur les fronts économique et culturel, parallèlement au front militaire, notant une évolution positive de l’opinion mondiale à l’égard de l’Iran grâce à la fermeté du peuple iranien.
Ces déclarations interviennent alors que Téhéran continue de faire valoir sa souveraineté et sa détermination à rester prêt à toute éventualité, soulignant clairement que toute orientation future sera guidée par les droits et les exigences de la nation iranienne.