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Mali : que se passe-t-il à Ber ?
Dans le cadre du processus de rétrocession des emprises de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), une série d’incidents tragiques a secoué la région de Bandiagara, mettant en lumière les défis persistants en matière de sécurité dans cette zone troublée.
L’état-major général des armées du Mali a annoncé dimanche dernier que les Forces armées maliennes (FAMa) avaient pris possession du camp de Ber, le 13 août 2023 aux environs de 08h30. Cependant, ce mouvement n’a pas été sans difficulté, et plusieurs événements tragiques ont émaillé cette opération.
Tout a commencé le vendredi 11 août 2023, lorsque des assaillants ont tenté une incursion dans le dispositif des FAMa et ont ouvert le feu sur le convoi. Ce premier accrochage a entraîné la perte d’une vie côté malien et a fait quatre blessés. Les FAMa ont repoussé les assaillants avec succès, laissant sur le terrain quatre corps et divers équipements militaires abandonnés par les agresseurs.
Les affrontements ont continué le samedi 12 août 2023, prenant une tournure encore plus tragique. Six militaires maliens ont perdu la vie et quatre autres ont été blessés dans ces violents affrontements. Les agresseurs, dans leur débandade, ont laissé derrière eux 24 corps, 18 fusils AK-47 et 12 motos. De plus, trois pick-up équipés d’armes lourdes ont attaqué le convoi FAMa, mais l’aviation des FAMa a rapidement riposté en neutralisant les trois véhicules ainsi que leurs occupants.
Le dimanche 13 août 2023, alors que les FAMa approchaient du camp de Ber, des tirs sporadiques ont été signalés. Pendant la progression, les militaires maliens ont également découvert et désamorcé quatre engins explosifs improvisés et deux motos piégées, soulignant les défis permanents auxquels sont confrontées les troupes dans cette région volatile.
Dans un communiqué, l’état-major général des armées du Mali a exprimé ses condoléances attristées aux soldats qui ont perdu la vie et a souhaité un prompt rétablissement aux blessés. Les Forces Armées Maliennes restent déterminées à accomplir leur mission de protection des personnes et des biens avec professionnalisme malgré les défis persistants.
Face aux campagnes d’intoxication et de désinformation en cours, les FAMa ont rappelé que la sécurité et la protection des populations demeurent au cœur de leurs actions. Cette série d’incidents souligne la complexité de la situation sécuritaire dans la région de Bandiagara et la nécessité de redoubler d’efforts pour instaurer une stabilité durable dans la zone.
Mais pourquoi les groupes armés s’insurgent-ils pour que l’armée malienne ne mette pas les pieds à Ber ?
La réponse est toute simple. Les groupes armés ont mis en place des postes de péage partout au nord (une attitude qui n’existe sur aucune page du document de l’accord pour la paix et la réconciliation) et Ber n’est pas en marge.
Et ce, sous les yeux de la Minusma, Ber au plus grand poste de contrôle au monde, même en Somalie ce genre de barrage n’existe pas. À Ber, le poste de péage des groupes armés exige aux embarcations un droit de passage de 300 000 FCFA à 1.800 000 FCFA selon la taille et le contenu de l’embarcation et par voie terrestre. Le droit de passage est de 25 000 FCFA à 50 000 FCFA par jour. Ce business mafieux génère plus de 10 millions de FCFA par jour et 300 millions de FCFA par mois.
À vous de calculer ce que ce business rapporte par an à ces bandits armés. Et bien entendu, les FAMA dérangent ce business. La souveraineté du Mali et la reconquête du territoire sont un combat qui continue toujours. Ni les autorités ni le peuple malien ne sont prêts à lâcher l’affaire.
Mali-Burkina-Niger : jusqu’où ira la chasse à la France ?
La France ne cesse de connaître des déboires en Afrique de l’Ouest plus précisément dans les États du Sahel où elle est devenue subitement indésirable. Après avoir été chassée du Mali et du Burkina Faso, l’ex-puissance coloniale espérait sur le Niger pour à la fois héberger ses contingents militaires et sauvegarder ses intérêts dans la zone sahélienne. Mais voilà depuis le changement de régime opéré à Niamey, les populations nigériennes réclament le départ des troupes françaises. Jusqu’où ira cette chasse à la France dans le Sahel ?
Dans le Sahel, la présence militaire française Barkhane soulève à la fois incompréhension, interrogations et colère au sein des populations. Tout est parti du Mali où depuis des années des associations membres de la société civile dénoncent le « jeu trouble » de l’ex-puissance coloniale dans le septentrion malien, puis ce fut le tour du Burkina Faso. Aujourd’hui, c’est le Niger qui emboîte le pas à ces deux pays voisins. C’est dire que dans le Sahel, la France fait face à une véritable tempête sur fond de manifestations et d’hostilités et de rejet.
En effet, les manifestations de colère des populations sahéliennes au sujet de l’encombrante présence française se sont multipliées dans les pays du Sahel, ces deux dernières années. Au Mali, Burkina Faso, Niger ; le slogan « France, dégage ! » est devenu un refrain à chaque manifestation de rue. Dans les trois pays, des intellectuels, des activistes et même certains acteurs politiques ont dénoncé la présence militaire française dans le Sahel. Et le changement de régime intervenu au Mali, en août 2020, a contribué à tracer la voie à une nouvelle politique entre la France et le Mali ce qui aura des conséquences au Burkina pour atteindre ensuite le Niger. Entre temps, Bamako avait dénoncé la coopération militaire entre les deux pays. Finalement, le 17 février 2022, la France et ses alliés ont été contraints de plier bagage et de quitter le Mali avec le retrait des contingents de Barkhane et Takuba. Ils se sont repliés au Niger pas pour longtemps !
Après le Mali, le Burkina Faso n’a pas tardé à s’engager dans la brèche avec l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré. Conscient de l’hostilité affichée par sa population à l’égard de la France, le jeune maître de Ouaga a posé plusieurs actes visant à remettre en cause la mainmise française sur le pays des Hommes intègres. Ainsi, le 18 janvier 2023, le Burkina Faso a dénoncé l’accord régissant, depuis 2018, la présence des forces armées françaises sur son territoire.
Ensuite, le 18 février 2023, les 400 hommes de l’« opération sabre » ont été obligés de partir du sol burkinabé après plus de 15 ans de présence. Leurs présences suscitaient l’ire des populations du Faso qui multipliaient des manifestations pour exiger leur départ. Les Burkinabés, tout comme les Maliens et Nigériens, reprochent à la France un certain nombre de griefs : complicité avec les groupes terroristes, pillage des ressources naturelles, duplicité avec des groupes armés…
Après le Mali et Burkina Faso, Macron pensait avoir trouver en Bazoum un allié sûr sur lequel il pouvait composer pour sauvegarder les intérêts de la France au Niger et dans la sous-région. C’était sans compter avec l’armée nigérienne qui a décidé de changer le cours de l’histoire de ce pays en mettant fin au régime de Bazoum, le 26 juillet 2023. Parmi les premières mesures prises par le nouveau régime en place à Niamey, il y a la dénonciation de tous les accords de défense signés entre le Niger et la France. Et l’escalade se poursuit entre Niamey et Paris…
Qu’est-ce qui explique ce rejet de la France au Niger ? Il faut préciser que depuis des mois les Nigériens ne cessaient de dénoncer la présence de soldats français dans leur pays et des voix s’élevaient pour exiger leur départ. Plusieurs députés de l’opposition nigérienne ou encore de simple citoyen se sont fait entendre depuis des mois.
Pour rappel, en septembre 2022, plusieurs centaines de personnes avaient protesté contre la force française dans les rues de Niamey, à l’appel du M62, un mouvement issu de la société civile, qui a renouvelé son appel à manifester après le coup d’État. Des pancartes hostiles à la France avaient été brandies, avec des slogans comme « Dégage l’armée française criminelle » ou « L’armée coloniale “Barkhane” doit partir ». La France venait d’installer le gros de ses troupes au Niger, après le départ forcé du Mali.
C’est dire que dans le Sahel, la France fait face à une véritable tempête sur fond de manifestations et d’hostilités. Et cette tempête est à ses débuts, tant qu’elle n’aura pas prise tout le continent, elle ne cessera pas.
La France n’a toujours pas compris que le Mali est souverain !
À l’occasion du lancement des activités annuelles de la Coordination nationale des clubs Rotaract et Interact du Mali, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop a animé, le samedi 12 août dernier à l’hôtel Millenium, une conférence de presse dont le thème portait sur « l’action diplomatique malienne, quelle stratégie pour une politique étrangère plus forte et avantageuse ? ».
Dans son exposé, le ministre a souligné que le devoir de contribuer à la préparation et à l’équipement de la génération montante l’autorise à se livrer à cet exercice de partage d’expériences, de renforcement des capacités et d’investissement dans la jeunesse au cœur de la priorité gouvernementale. Abdoulaye Diop a saisi l’occasion pour évoquer les fondements de la politique extérieure du Mali depuis son accession à la souveraineté internationale. À ses dires, le changement actuel du visage de l’action diplomatique découle de la vision et du leadership du colonel Assimi Goïta. Le président de la transition a su placer, aux yeux du ministre, les intérêts du Mali et des Maliens au cœur de l’action publique. Cela, dit-il, en réponse aux défis complexes de l’heure et aux soubresauts géopolitiques auxquels le Mali fait face.
Aussi, le conférencier a mis l’occasion à profit pour rappeler les trois principes clés que le président de la transition a édictés pour le respect de la souveraineté du Mali. Il s’agit du respect de la souveraineté du Mali ; le respect des choix stratégiques et des partenariats du Mali et la prise en compte des intérêts vitaux du peuple malien dans toutes les décisions. Des principes qui, estime Diop, ont conduit la diplomatie malienne vers le chemin escarpé de la liberté et de la souveraineté retrouvée en faisant appel à des actions courageuses, décomplexées, anticipatives et proactives à travers la réappropriation des défis et des solutions du pays, la diversification des partenariats stratégiques du Mali, la réaffirmation de la réciprocité face aux agressions, l’alignement et le choix du pays pour un monde multipolaire avec son intérêt accru pour les BRICS, la revitalisation de la diplomatie culturelle et l’orientation panafricaniste du Mali par l’entremise des Organisations sous régionales et régionales des peuples. Il a invité la jeunesse malienne et africaine à accompagner, dans un élan patriotique et panafricaniste, la vision des plus hautes autorités pour le Mali « Koura ». Le ministre Diop trouve que la diplomatie malienne a évolué. À cet effet, le Mali est en mesure d’assumer clairement les conséquences, parfois difficiles, de ses décisions et de ses choix stratégiques pour prendre en main son destin, précisera le conférencier.
La dernière escalade entre le Mali et la France est liée à l’initiative prise par la France de suspendre la délivrance de visas aux Maliens. Bamako arguant le principe de réciprocité a aussi suspendu la délivrance de visas aux ressortissants français. Suite au récent Coup d’État survenu au Niger, la compagnie Air France a suspendu ses vols pour une certaine durée vers le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Rappelons que Ouagadougou et Bamako ont déclaré leur soutien au CNSP. Abdoulaye Diop est également revenu sur la récente escalade de tension avec la France.
Selon Abdoulaye Diop, il faut un minimum de respect entre États et la France pour lui n’a pas respecté cette règle. « Si quelqu’un marche sur ton pied, il ne faut pas lui donner l’occasion de revenir te marcher dessus encore ». Le chef de la diplomatie a déclaré que c’est sur les réseaux sociaux qu’il a appris que la France suspendait la délivrance de visas aux ressortissants maliens. « C’est hier que j’ai vu la note de l’ambassade de France. Par respects, on ne peut pas découvrir ça sur les réseaux sociaux. Même si on a plus de gens qui partent chez eux, ce n’est pas le plus important. S’ils disent qu’ils ne donnent pas de visas, nous aussi on dit que nos consulats sont fermés pour vos gens. C’est une question de réciprocité. Si tu ne mets pas la réciprocité, cela signifie que tu admets que l’autre vaut mieux que toi ».
Et Diop d’ajouter qu’il y a une procédure à suivre dans ce genre de situation. Le chef de la diplomatie malienne a également fustigé l’attitude de la compagnie Air France. Diop a d’abord rappelé que l’avionneur français réalise un chiffre d’affaires journalier de 500 Millions de FCFA sur la desserte Mali. Il ajoutera que la compagnie s’est comportée de manière méprisante en ne respectant pas des accords qu’elle a signés. « Si c’est pour sanctionner le Mali parce que le Mali a soutenu le Niger, on va le faire et on le fera », dira le diplomate.
Alors qu’Air France voulait reprendre ses vols vers Bamako le 11 août, Abdoulaye Diop a notifié que les autorités nationales ont une nouvelle fois répliqué en annulant l’autorisation de vols de la compagnie. « Si Air France est prête à revenir, il va falloir faire le rang et il se peut qu’on donne la place à d’autres compagnies » a conclut un Abdoulaye Diop qui n’a pas mâché ses mots et qui montre que le Mali est bel et bien un État souverain même si la France et ses alliés ne l’ont toujours pas compris.