La sur-couverture médiatique des médias mainstream concernant le décès de Bakayoko, et surtout le communiqué de presse du secrétaire d’État américain, Antony Blinken, laisse plutôt perplexe. Autant de compassion de la part des Américains pour un ministre africain, suscite vivement des doutes...
Actualité en Afrique :
Analyses de la rédaction :
1. Djibouti: sans DP World, les résultats sont étonnants !
Après avoir mis la société émiratie à la porte, Djibouti et son port de Doraleh se portent mieux que jamais.
Avec un trafic en hausse de près de 30 % en 2020 à 1,1 million de conteneurs EVP, le port public de Djibouti réalise un taux de croissance rare dans la galaxie portuaire mondiale, très affaiblie par la pandémie.
Il peut se targuer du meilleur résultat en taux de croissance des ports africains, devant le champion Tanger Med. Les autorités publiques ont réussi honorablement, mais, pour autant, l’arrivée d’un opérateur privé reste, à terme, attendue à Djibouti.
Or, depuis son éviction manu militari des infrastructures de Doraleh, début 2018, DP World a mené des actions judiciaires tous azimuts, gagnant tour à tour à Londres devant la Cour internationale d’arbitrage, ainsi qu’à Hong Kong devant la Haute Cour en contestant à China Merchants ses droits sur la zone franche de Djibouti.
Face à un État djiboutien qui refuse d’exécuter les décisions rendues pour préserver sa souveraineté, DP World tente une stratégie de contournement. Entre ses concessions de Berbera (Somaliland) et de Bosaso (Puntland), en passant par des projets de coopération à Massawa et Assab en Érythrée, le géant émirati veut permettre à l’Éthiopie d’éviter un passage obligé par Djibouti, un peu à la manière de la politique chinoise du collier de perles pour contourner l’Inde.
Mais Addis Abeba compte sur ce lien avec Djibouti, surtout dans le cadre des alliances intra-africaines en Afrique de l’Est.
Le cheval de Troie émirati ne trouve plus réellement sa place dans les pays d’Afrique. Même si DP World continue de vouloir signer des contrats en Afrique, les pays africains sont de plus en plus perplexes et préfèrent se tourner vers des partenaires fiables.
Car il est important de rappeler la raison pour laquelle Djibouti a rompu avec DP World en 2018. C’est parce que la société émiratie ne remplissait pas sa part du contrat, à savoir, développer le port de Doraleh. Ce qui fait que le contrat a été repris par Pékin avec, en prime, un déploiement de base militaire chinois dans ce pays à l’emplacement stratégique. Un pareil choix de la part de Djibouti, n’est pas passé inaperçu par les États-Unis et la Chine.
Tout comme l’Éthiopie, Djibouti ambitionne de devenir un pivot dans l’économie mondiale, et de l’autre côté, le Sénégal se met également en phase pour faire pareil.
Ces pays sont dans le collimateur de l’axe US/OTAN, mais ils arrivent à contourner les pièges en prônant l’alliance intra-africaine !
2. Burkina Faso: la réconciliation nationale continue de faire peur à l'Occident ?
Au Burkina Faso, le projet mis en place par le gouvernement de Kaboré apporte des résultats ; au point où les médias commencent à ne plus trouver de moyen direct pour saper ce processus, qui met à mal l’un des plans favoris de l’axe néocolonialiste, à savoir, monter les groupes ethniques les uns contre les autres.
Le président burkinabé Roch Marc Christian Kaboré, réélu en novembre 2020, s’est engagé à faire de « la réconciliation nationale » la priorité de son second mandat tout comme Macky Sall a lancé le plan de sécurisation de la Casamance pour ne pas avoir de surprise comme au Cameroun ou en Éthiopie.
Au Burkina Faso, il n’y a pas de groupes séparatistes. C’est pourquoi ce sont les groupes ethniques qui sont dans le collimateur.
Le chef de l’État a donc nommé Zéphirin Diabré ministre chargé de la réconciliation nationale et de la cohésion sociale afin qu’aucun Burkinabé ne tombe dans des pièges grotesques tendus par le Quai d’Orsay.
Pour cet ancien chef de file de l’opposition, arrivé troisième à l’élection présidentielle, il est indispensable de réengager le dialogue entre Burkinabés afin de se mettre d’accord, que toutes attaques contre une communauté ne proviennent pas forcément d’une autre communauté. C’est l’œuvre des éléments d’un groupe terroriste à la solde occidentale, qui mettent les vêtements d’une communauté pour attaquer une autre, et donc, créer une guerre inter-ethnique que les médias mainstream aiment tant mettre en avant.
Le Burkina Faso a longtemps été un modèle de cohésion sociale et de paix au Sahel. Mais depuis quelques années, et surtout, depuis l’arrivée de Barkhane et des groupes terroristes à leurs soldes dans le Sahel, le Burkina Faso, pays qui a refusé de céder le territoire à Barkhane, traverse des crises interethniques. Des Burkinabés ont pris les armes et il y a eu une communautarisation de la sécurité. Des événements dramatiques comme ce qui s’est passé à Yirgou [le 1er janvier 2019, un massacre visant la communauté peule a fait au moins 49 morts, selon le bilan officiel] ont évidemment alimenté les rancœurs.
Selon le ministre burkinabé, pour que cette réconciliation fonctionne, il faut également que la lumière soit faite sur certains dossiers emblématiques comme celui de l’assassinat du très charismatique Thomas Sankara, le procès de l’insurrection de 2014, les événements de Yirgou et d’autres encore. En bref, tous les dossiers dont la France doit avouer être mêlée de près ou de loin.
Le message du gouvernement est donc très clair. Et les actions entreprises par Ouagadougou, qui sont d’ailleurs dénigrés quotidiennement par les médias mainstream, sont des actions qui visent à saper les plans de la France concernant le Burkina Faso, ces mêmes plans qui ont été mis en œuvre dans les pays voisins au Burkina.
En effet, ce qui fait non seulement grincer des dents l’axe néocolonial, mais également, qui sape ses plans, c’est l’union. L’union de la population et du gouvernement comme on a pu en constater les résultats en Centrafrique, ou encore, l’Union intra-régionale comme en Afrique de l’Est et le plus grand anéantissement du néocolonialisme reste l’union intra-continentale, entre tous les pays d’Afrique. C’est ce qui arrive, et c’est surtout ce que redoute l’axe US/OTAN. D’où les nombreuses campagnes de dénigrement contre les initiatives du gouvernement de Kaboré et ses initiatives et même celles de la population.
3. Côte d'Ivoire: Bakayoko empoisonné pour le compte de qui ?
En Côte d’Ivoire, les suspicions quant à la cause réelle du décès du Premier ministre et également ministre de la Défense, Hamed Bakayoko, continuent de planer sur la Côte d’Ivoire.
Faisons un bref retour en arrière.
En juillet 2017, quelques mois après les mutineries des Forces armées de Côte d'Ivoire (FANCI, aujourd’hui FACI), Hamed Bakayoko est appelé au ministère de la Défense afin notamment de rétablir l’ordre dans l’institution militaire. Il est chargé de mettre en place la Réforme du secteur de la sécurité (RSS) ivoirien, embourbé depuis 2011, et de faire appliquer la Loi de programmation militaire adoptée en 2016. À cette époque, les FACI sont des troupes mal équipées, mal entraînées, peu fiables et non opérationnelles. Ce manque d’organisation au sein des FACI constitue alors un réel problème, étant donné leur importance, tant opérationnelle (protection contre les nombreuses menaces qui guettent le pays (banditisme, bandes armées, trafics illégaux, terrorisme…)29 que plus symbolique, en tant que ferment de cohésion nationale. Sous son égide, les FACI voient leurs effectifs restructurés (4000 départs à la retraite), leurs chaînes de commandement rationalisées et purgées de leurs éléments trop politisés et peu compétents. Une partie de leurs infrastructures sont également rénovées (casernes, écoles…) voire créées (hôpitaux militaires…)30. Enfin, Hamed Bakayoko a su préserver le Partenariat militaire opérationnel (PMO) avec les forces françaises en Côte d’Ivoire (FFCI), présents dans le pays afin de prodiguer des missions de formation et de conseil auprès des FACI.
Hamed Bakayoko devient membre du Rassemblement des républicains (RDR) dès sa fondation en 1994 ; le parti est ensuite regroupé avec d’autres au sein du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP). Lors de la formation du gouvernement de réconciliation nationale consécutive aux accords de Linas-Marcoussis (2003), Guillaume Soro, dont Bakayoko est proche, propose à Alassane Ouattara qu'Hamed Bakayoko obtient le portefeuille de ministre des Nouvelles Technologies de l'information et de la communication (NTIC). Le président Laurent Gbagbo suit ce conseil. Appelé en tant que membre du RDR au sein du gouvernement d’union nationale, il remplit ces fonctions jusqu’à l’arrivée au pouvoir d'Alassane Ouattara en 2011.
À partir de la fin de l’année 2020, Hamed Bakayoko se plaint d'une importante fatigue. Il est en parallèle atteint par la maladie à coronavirus 2019 (Covid-19) et par une sévère crise de paludisme.
Très affaibli, il est transporté vers la France le 18 février 2021. Il est soigné à l’hôpital américain de Paris, où il avait effectué une série de tests médicaux le mois précédent et où il reçoit la visite d’Alassane Ouattara. En fait atteint d'un cancer du foie en phase terminale, il voit son état de santé se dégrader fortement. Il est envisagé le 4 mars qu'il subisse une greffe en Turquie, mais les médecins le jugent trop faible pour être opéré, et l’envoient le 6 mars au centre hospitalier de Fribourg-en-Brisgau, en Allemagne, pour lui administrer un traitement expérimental, alors que la presse révèle le jour même la nature de sa maladie.
En son absence, il est élu député lors des élections législatives du 6 mars. Le 8 mars, conscient de la gravité de la situation, le président Ouattara signe deux décrets « portant intérim » de Hamed Bakayoko (qui fait l'objet de rumeurs sur son décès), le remplaçant par Patrick Achi à la tête du gouvernement, et par son frère Téné Birahima Ouattara au ministère de la Défense.
La sur-couverture médiatique des médias mainstream concernant le décès de Bakayoko, et surtout le communiqué de presse du secrétaire d’État américain, Antony Blinken, laisse plutôt perplexe.
Autant de compassion de la part des Américains pour un ministre africain, suscite vivement des doutes. Mais quand on sait que le défunt a joué un rôle axial dans ce que certains qualifient de "domptage de l'armée récalcitrante et trop insoumise des Gbagbistes qui avaient osé tenir tête à l'armée française, on comprend mieux cette sympathie. Toujours est-il que cette armée "réformée" et un peu trop taillée sur mesure US/France, n'est peut-être pas trop adaptée à la situation : après tout il y a un mois, la France a directement menacé la Côte d'Ivoire par Services secrets interposés et affirme qu'avec le Bénin elle serait la cible d'attaques terroristes. Or, pour avoir longuement travaillé avec les Français, le président Ouattara comprend bien les signaux des alertes, des menaces et des mises en garde. Signe des temps, une fois le golden boy, ami de Soro et des Américains disparu, le président a aussitôt nommé un homme de confiance à la tête de l'armée, à savoir, son frère. Vu la tentative de déstabilisation qui vient de vivre un autre État, de la côte, le Sénégal, la tempête anti-Côte d'Ivoire n'est peut-être pas trop loin. La mort subite du PM qu'on dit vaguement avoir été atteint de Covid, de paludisme, de cancer n'est-ce pas un peu une manière de couper l'herbe sous les pieds des Américains ? Enfin, c'est une hypothèse tout simplement !