Le président turc a vivement réagi à la décision de Washington d’imposer des sanctions à Ankara pour punir l’achat par la Turquie des systèmes de défense antiaérienne S-400 à la Russie.
Le président Recep Tayyip Erdogan qui parlait, mercredi 16 décembre, devant les membres de la fraction parlementaire de son parti au pouvoir (Parti de la justice et du développement) a critiqué les États-Unis pour avoir imposé la loi CAATSA (Countering America's Adversaries Through Sanctions Act) à la Turquie.
Erdogan a déclaré : « Les sanctions de la CAATSA n’ont jamais été imposées à aucun pays depuis qu’elles ont été approuvées pour la première fois en 2017 et la Turquie est le premier pays à faire l’objet de ces sanctions. Or, la Turquie est l’allié des États-Unis à l’OTAN. De quel genre d’alliance s’agit-il vraiment ? »
Recep Tayyip Erdogan a estimé que le but des sanctions américaines serait d’empêcher le développement du secteur de l’industrie militaire et de la défense en Turquie et de rendre le pays à nouveau dépendant. « cette décision est une attaque contre les droits souverains de la Turquie », a-t-il ajouté.
« Nous travaillerons deux fois plus dur pour rendre notre industrie de la défense totalement indépendante, et la Turquie a atteint le point qu’elle ne peut plus être affectée de manière dramatique par des sanctions », a ajouté le président turc.
Les déclarations du président Recep Tayyip Erdogan interviennent alors que son gouvernement vient d’adresser au Parlement un plan portant sur la prolongation de 18 mois de la présence des militaires turcs en Afghanistan dans le cadre des missions de l’ISAF (Forces internationales d’assistance à la sécurité) opérant sous l’égide de l’OTAN dont la Turquie est un membre. La Turquie participe à l’ISAF depuis 2015 en expédiant 1206 soldats en Afghanistan. Ce plan signé par le président Erdogan insiste sur la participation de la Turquie dans les missions de l’ISAF en Afghanistan.
Certains observateurs estiment que les États-Unis et certains de leurs alliés de l’OTAN estiment que des sanctions américaines devraient devenir plus lourdes pour mener la Turquie à abandonner à son contrat avec la Russie pour acheter des missiles antiaériens S-400 et avions de combat Su-35.
Le site d’informations et d’analyses Avia.pro écrit qu’Ankara a décidé de réviser sa décision d’acheter des armements russes, dont une autre batterie de S-400 et des avions de combat Su-35 qui devaient remplacer les F-35 américains.
« Ankara croyait jusqu’à récemment que les sanctions étaient un bluff de la part des États-Unis, mais maintenant le complexe militaro-industriel du pays peut subir des conséquences économiques assez graves », a écrit le site.
L’autre objectif de Washington est de faire peur aux clients potentiels d’armements russes en Europe et sur les autres continents, estime l’analyste d’Avia.pro.
Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a qualifié les sanctions américaines d’« illégales » et de contraires au droit international. À son tour, la Turquie a menacé les États-Unis d’« une réponse très sérieuse » aux sanctions imposées, qui affecteront principalement la présence militaire américaine sur la base aérienne turque d’Incirlik.