La Turquie ne donnera pas son aval au plan de défense de l'OTAN pour les pays baltes et la Pologne tant que les États membres de l'Alliance n'auront pas reconnu les Kurdes des YPG comme une organisation terroriste, C'est en résumé le contenu du deal exprimé par Mevlut Cavusoglu, le ministre des Affaires étrangères, deal qu'Ankara est prêt à faire avec les Américains et l'OTAN pour leur ouvrir la porte du Nord-Ouest syrien. Mais c'est sans compter avec l'ingénieuse contre-offensive que le camp d'en face est sur le point de préparer : la Russie a planté une troisième base à Qamichli, sur les frontières avec la Turquie, base abritant des batteries de missiles antimissile, des stations radars et de traitement de donnés et évidemment des hélicoptères et tout ceci sur fond d'efforts de fidélisations et de rapprochement de Damas envers les Kurdes prêts, néanmoins, pour une partie d'entre eux, à se battre contre les Américains.
Mais la méga surprise n'est peut-être pas là : pour une France, une Grande-Bretagne et surtout une Amérique qui ont mis tous leurs œufs dans le «panier kurde», en malmenant les tribus arabes, le coup de Damas devra être pris comme un sérieux avertissement. Assad est en train de mettre sur le pied une «guérilla» anti-occupation. Cette guérilla a bien brillé vendredi en menant une première attaque contre les positions américaines à Deir ez-Zor puis une deuxième, quelques heures plus tard, toujours contre les Américains au nord-est.
Dans cette même veine, le général Ali al-Mamluk, chef du Bureau de la sécurité nationale syrienne, a rencontré les tribus arabes dans le gouvernorat de Hassaké. C'est là où les Américains mais aussi les forces de la France macroniste continuent obstinément à se planter en violation flagrante de la souveraineté et de l'indépendance syrienne.
Selon l’agence de presse kurde « Rudaw », le général Ali al-Mamluk a rencontré une vingtaine de personnalités et chefs de tribus arabes et de la région à l’aéroport de Qamichli, dans la base russe, pour «activer leur rôle dans la protection des zones du nord-est du pays» ainsi que «la dans la lutte contre des groupes armés».
Lors de la réunion, l'homme fort du Renseignement syrien a écouté les demandes des membres de tribus, dont la plus importante était l'octroi de «l'amnistie générale» et «le règlement de l’affaire des personnes recherchées». Il est vrai qu'en l'absence de l'État syrien, les jeunes des tribus ont été recrutés par des groupes terroristes mais ils ne demanderaient désormais qu'un retour dans le giron de la patrie. La visite du général al-Mamluk à Hassaké intervient quelques jours après que le commandant des Forces démocratiques syriennes a fait part d’un accord avec la Russie pour l’arrivée de ses militaires à Amouda, à Tall Tamer et à Aïn Issa.
Au train où vont les événements, les forces d'occupation, que ce soit américaines, françaises ou britanniques n'auraient aucun intérêts à s'obstiner à rester. Il y a quelques jours les forces britanniques ont quitté le nord-est syrien pour se rendre à l'est, soit à Deir ez-Zor, là où elles continueront d'agir en annexe des forces US. Mais la France, dont le président semble nourrir désormais des illusions impériales au Levant, qui dépasseraient même le cadre de l'OTAN, continuent à rester dans le nord-est. Les forces spéciales françaises dont Paris continue à maintenir un black out total sur leur nombre et leur emplacement, iront-elles être visées dans cette nouvelle étape de la guerre pour la libération du reste de la Syrie de la présence occidentales?
Après l'armée syrienne et la Russie ont montré qu'elles n'hésiteraient pas à viser l'occupant et la France ne fait pas l'exception à la règle. L'une des bases françaises en Syrie se situait justement à Raqqa, ville qui vient de passer sous le contrôle conjoint syro-russe.
Samedi, les militaires russes sont entrés dans la ville de Raqqa, à l’est de la Syrie et ce, à la faveur d'un accord avec les Kurdes. Selon l'édition électronique du site d’information Arabi 21, des sources locales syriennes ont annoncé que 5 véhicules blindés russes étaient entrés, sous la supervision des FDS, dans le centre-ville de Raqqa. Il est à rappeler que les Forces démocratiques syriennes ont libéré, le 18 octobre, la ville de Raqqa.
Selon ce rapport, les équipements militaires russes ont été remis à la « brigade 93 » de Manbij. En août 2016, les FDS ont repris à Daech la ville de Manbij, située dans la banlieue nord d’Alep. Le commandant en chef des Forces démocratiques syriennes (FDS), Mazloum Abdi, a annoncé, le lundi 2 décembre, la conclusion d’un accord avec la Russie pour la présence de ses militaires dans les trois régions d’Amouda, Tall Tamer et Aïn Issa. Le tweet de Mazloum Abdi a annoncé un « haut niveau de compréhension mutuelle et d'accord sur le déploiement des forces russes à Amouda, Tall Tamer et Aïn Issa », atteint lors d'une réunion avec Alexander Chaiko, le commandant des forces armées russes en Syrie.
En octobre 2018, les forces de l’armée française déployées en Syrie ont procédé à la construction d'une base militaire dans la région de Raqqa sous la supervision des Américains. À l'époque, les troupes militaires américaines ont équipé la base aérienne d’Al-Tabaqah dans l'ouest de Raqqa, base aujourd'hui sous controle syrien. l’armée française avait alors envoyé des armes, du matériel militaire et des forces à Raqqa. Mais depuis la reprise de l'aéroport personne ne parle des forces françaises : «Au train ou vont les événement, un scénario à la malienne est fort possible, si la France s'obstine à mépriser la souveraineté française. Le président Assad a d'ailleurs été très clair la dessus », ajoute un observateur.