En décidant de lever "certaines sanctions" en vue d’avoir une rencontre avec son homologue iranien, le président américain a fait marche arrière et donné un coup de grâce à sa politique de « pression maximale » contre l’Iran.
Dans un entretien exclusif avec IRNA, mardi, le directeur du programme de gestion des conflits à la School of Advanced International Studies de l'Université Johns Hopkins (SAIS) a qualifié de démarche importante les ententes trouvées en France en vue d’apaiser les tensions entre les Etats-Unis et l'Iran ajoutant que Donald Trump ne cherchait pas à changer le régime de la République islamique.
« Apparemment, Trump a accepté de rencontrer le président iranien. La meilleure option est que cette rencontre ait lieu en septembre ou en octobre aux Nations Unies. Mais la question qui se pose est de savoir quelles sont les conditions préalables à une telle rencontre ? Est-ce que Trump a ordonné la réduction des sanctions ? Est-ce que Rohani a accepté de négocier sur le contenu de l’accord nucléaire, sur les missiles iraniens et sur le comportement de Téhéran dans la région ? », a déclaré le directeur du programme de gestion des conflits à SAIS avant d’ajouter :
« Rohani l'a dit très clairement : celui qui veut faire des photos de souvenir avec Rohani devra lever les sanctions anti-iraniennes. Donc, il n’y a aucune preuve que Rohani ait donné son accord à renégocier chaque disposition de cet accord. A mon avis, l'offre du dialogue de Trump est déjà le début d'une marche arrière ».
Au fait, Trump dit avoir l’intention de discuter du programme balistique iranien et de la "clause crépusculaire" de l’accord nucléaire. Il a catégoriquement déclaré que l’Iran pourrait espérer l’amélioration de son économie et que la Maison Blanche ne cherchait pas à renverser le gouvernement en à Téhéran. Soit. Mais tant que les sanctions et les pressions se poursuivent, ces deux éléments sont loin de constituer un privilège », a souligné le directeur du programme de gestion des conflits à SAIS avant d’indiquer : «J'ai l'impression même que dans sa politique iranienne, Trump commence à faire du "Obama".
La perseverance iranienne a poussé Obama à s'avouer vaincu, à demander le dialogue, à se soumettre à la principale exigence iranienne, à savoir la levée des sanctions. Le fait que Trump ne cherche pas à changer le régime iranien est le même argument que celui avancé par Barak Obama avant les négociations avec les autorités iraniennes. Et bien je crois que Trump va finir par emboîter le pas à son prédécesseur puisqu'il n'est pas question que l'Iran renonce à ses missiles. Notre président va se contenter du peu, vous allez voir ».
Ce professeur d’université a qualifié aussi d’important « le fait que Trump n’ait pas évoqué les politiques régionales de l’Iran ». « Pour moi, on peut exclure la thèse selon laquelle Trump ait été distrait [et a oublié d’y faire allusion]. Je suis d’avis que tout a été prémédité et que Trump veut laisser la question des politiques régionales de l’Iran à la charge d’Israël et de ses alliés arabes. mais de côté là, Israël commence à bien montrer ses limites. », a-t-il expliqué.
« Sans l’ombre d’un doute, l’Iran tournera la page de la politique de la « pression maximale. Aujourd’hui, une personne a twitté que Bolton doit déposer sa démission. Il ne doit nécessairement pas démissionner mais la réalité est que des gens comme Bolton ne se basent sur aucune vérité et qu’ils changent de position en fonction des circonstances. Même si Bolton continue à rester à son poste, je pense qu'en pratique, la politique de la « pression maximale » prendra fin. La levée des sanctions sur les échanges commerciaux avec l’Europe sera faite mais les autres sanctions américaines demeureront. L’Europe a besoin de commercer avec l’Iran. Et bien c'est cela le début de ce que je qualifie de marche arrière de Trump», a conclu Daniel S. Hamilton.