TV

Tir de missiles 6 juin contre le Golan occupé. Pourquoi Israël n'a pas riposté?

US Rep. Ilhan Omar (D-MN) (L) talks with Speaker of the House Nancy Pelosi (D-CA) during a rally with fellow Democrats before voting on H.R. 1, or the People Act, on the East Steps of the US Capitol on March 08, 2019 in Washington, DC. (AFP photo)
Des véhicules militaires israéliens brûlent après une attaque près de la frontière israélo-libanaise. ©AFP

Pour la troisième fois en l'espace de quelques jours, l'armée israélienne a dit jeudi 6 juin avoir détecté des "missiles" tirés depuis la Syrie contre le Golan qu'il occupe. Ces missiles "anti-avion" au nombre de quatre n'auraient fait aucun dégât, affirme l'armée israélienne citée par i24news qui ne précise pas si oui ou non les missiles "anti-avion" syriens visaient les patrouilles aériennes israéliennes. Et pourtant, ce fut sous même prétexte (tir de missiles syrien depuis la Syrie contre Israël, NDLR) que le régime de Tel-Aviv a visé trois jours plutôt, soit le lundi 3 juin, l'aéroport militaire stratégique de T-4, au sud est de Homs. Alors pourquoi avoir choisi de ne pas reconduire le coup et éviter de frapper la Syrie? 

La réponse est peut-être à chercher du côté de ces milieux militaires israéliens qui suivent avec inquiétude croissante la transformation de la DCA syrienne déployée sur les frontières syro-israélienne. Pour la première fois depuis le début de la guerre, la défense anti-aérienne syrienne réagissent sans exception et de façon de plus en plus nourrie et précise aux patrouilles de l'aviation israélienne dès qu'elle s'approche de l'espace aérien syrien. Les milieux sécuritaires israéliens suivent aussi avec inquiétude les "tirs de missiles" depuis la Syrie en direction des hauteurs du Golan occupé qu'Israël s'apprête toutefois à faire sien à la faveur du soutien de Donald Trump. Pour le régime de Tel-Aviv, les mouvements de plus en plus visibles du Hezbollah  sur les frontières libanaises et les fermes de Chebaa s'avèrent aussi bien inquiétants.

Yoav Limor, analyste militaire israélien relève que des "missiles tirés par la Syrie le dimanche 2 juin en direction des hauteurs du Golan et les positions israéliennes, montrent que les règles du jeu se définissent, dorénavant, sur le front du Nord". En effet, les deux engins "syriens" tirés ce jour là auraient visé un centre de renseignement de l'armée israélienne au Golan occupé, sans que le système de détection de l'armée sioniste soit capable de les intercepter. La panique et la colère qui se sont emparé des militaires israéliens les ont poussé ensuite à s'acharner sur T-4. 

Lire aussi: Fermes de Chebaa : de quoi ont peur les militaires israéliens ?

Pour Limor, "il ne s'agit pas de la  première frappe au missile de ce genre contre le Golan puisque ces dernières années, plusieurs frappes au missile ont visé la région de Jabal al-Cheikh. Et pourtant, ce qui nous a pris au dépourvu, c'est qu'au contraire des précédentes attaques, celle-ci ne visait pas à riposter les frappes israéliennes. Ce n'était pas une riposte. Pire, Israël n'est pas en mesure au stade actuel des choses à identifier l'origine de ce tir de missiles effectué à une distance de 30 kilomètres". Mais Limor n'a pas de doute : « Trois parties pourraient bénéficier de ce tir contre Israël : primo, la Syrie qui veut nous faire comprendre que c’est elle qui décide au Golan puisque c'est à elle que le Golan appartient. Secundo, les groupes affiliés à l’Iran ou au Hezbollah libanais qui cherchent à se venger d’Israël, et tertio, des groupes palestiniens ou d’autres qui ont été équipés de missiles et qui auraient été basés sur nos frontières avec la Syrie. »

Et l'expert israélien de poursuivre : « Mais peu importe pour Israël l'identité de la partie qui a tiré les missiles:  Israël a frappé fort en ciblant T-4 pour que ces parties hostiles comprennent qu’elles devraient se garder de reproduire de telles opérations. Israël pratiquera ce même principe immuable à Gaza. »

Ceci dit, "les parties", comme les désigne Limor, ne semblent pas avoir tiré leçon de la frappe israélienne contre T-4 puisque le jeudi 6 juin, le tir de missiles a repris de plus bel et cette fois , 4 missiles ont été tirés au lieu de deux. Limor constatait que malgré les bombardements israéliens, il y là un phénomène inquiétant : le défi à l'encontre d'Israël. "Quelqu'un veut nous défier et il faut trouver de quoi relever ce défi".

Limor n'a peut-être pas tort. Le Golan n'est plus cette terre "sure" où Israël se permettait de dresser des colonies. Ni le Golan ni les fermes de Chebaa. Une chaîne d’information israélienne citant des sources de sécurité de haut niveau a rapporté que l'armée israélienne se préparait à connaître le même phénomène de "tir de missiles sporadiques" au Chebaa : « Le Hezbollah envisagerait de lancer de nouvelles attaques contre les cibles israéliennes sur les fermes de Chebaa. Signe avant coureur : des jeunes libanais ont récemment hissé les drapeaux du Hezbollah sur la frontière ».

Selon des experts, c'est cette même crainte qui aurait poussé Israël à demander à dialoguer directement avec le Liban et ce, sous médiation américaine. Certes les médias israéliens tentent de défigurer la réalité et à se montrer "bien exigeant" envers le Liban mais à vrai dire, c'est Israël, lui-même qui exige désormais le dialogue et qui serait prêt à lâcher du leste. 

« Les États-Unis ont tenté, ces derniers temps, de mener la médiation entre Israël et le Liban pour trouver une solution aux litiges entre les deux parties, notamment et surtout au sujet de la zone stratégique de Harduf. Situé entre la région de Jabal al-Cheikh et le village de Kfarchouba, Harduf est un pont de communication entre le Golan occupé et le Liban. C'est un point du nom de la colonie israélienne éponyme qui donne sur la Galilée au nord israélien, là où le régime d'Israël attend depuis des années une opération d'infiltration d'envergure du Hezbollah. Ce district est considéré comme la première ligne défensive de Jabal al-Cheikh, d'où pourrait partir toute action visant les colonies de peuplement dans le nord des territoires occupés de la Palestine.

Une chose est sûre: Israël commence à comprendre que le front Golan-Chebaa sont désormais bien uni et que tout acte d'agression dans l'une ou l'autre localité pourrait susciter une riposte homogène.  Les agences de presse font état d'un contact téléphonique du PM israélien Netanyahu avec son homologue japonais alors que ce dernier s'apprête à se rendre ce mercredi à Téhéran. Certaines sources officieuses  disent que l'Israélien aurait demandé une "trêve". Si cette information se confirme ce serait le début d'un retrait sioniste, identique à celui produit en 2000 au sud du Liban. 

 

 

Partager Cet Article
SOURCE: FRENCH PRESS TV