Dans ce numéro de Zoom Afrique :
L’actualité en Afrique :
Le Francehôte de la 7e Conférence sur les guichets uniques d’Afrique ;
France: hausse de l’activité économique en mars ;
Côte d’Ivoire : voici pourquoi Laurent Gbagbo ne foulera pas de sitôt les bords de la lagune Ébrié ;
Coopération France-Togo : Ali Bongo recevra à Libreville Faure Gnassingbé.
Les analyses de la rédaction :
Côte d’Ivoire : Ouattara ne fait-il pas confiance à sa propre armée ?
En Côte d’Ivoire, la présidence est inquiète : le ministre de la Défense, Hamed Bakayoko aurait, selon les informations relayées par la presse africaine, recruté 60 militaires pour renforcer un service personnel de renseignements qu’il a monté au sein de l’armée ivoirienne.
« Pour convaincre le président Ouattara du bien-fondé de ce recrutement complémentaire, le ministre de la Défense a, dans un premier temps, invoqué la menace terroriste. Ensuite, il a invoqué les risques que représentaient les opposants au régime, que sont Guillaume K. Soro et Henri Konan Bédié. Selon lui, cette stratégie vise à accroître et à élargir la collecte des données concernant ces personnalités politiques. Une source, proche du pouvoir aurait confié qu’apeuré par les raisons évoquées par le ministre de la Défense, le président Ouattara a obtempéré et consenti à la création de cette nouvelle milice », annonce Mediapart.
Cependant, il est bon de s’interroger. Dans les faits, qu’est-ce qui pourrait bien justifier ce recrutement complémentaire, quand on sait que l’armée ivoirienne possède déjà son propre service de renseignements ? Est-ce qu’un des objectifs de la milice de Hamed Bakayoko ne serait pas d’apaiser les craintes du président Ouattara d’une quelconque trahison de la part de sa propre armée ? Pourquoi le président ivoirien ne peut-il se fier à sa propre armée ?
S’il est vrai que la réconciliation inter-ivoirienne est encore loin d’être envisageable, il est aussi vrai que l’État ivoirien fait l’objet de multiples pressions. À l’heure de grands chamboulements dans la stratégique africaine des puissances colonialistes et puisque les États-Unis tendent d’empiéter de plus en plus sur le terrain de jeu français à la faveur d’un président totalement acquis à la cause de la Maison-Blanche, l’État ivoirien et surtout le président Ouattarra devraient s’inquiéter : les Américains préparent-ils un coup contre Ouattara via leurs accointances locales ? En effet, à l’approche des élections présidentielles de 2020, les USA ont redoublé leurs menaces contre la Côte d’Ivoire : il y a quelques jours, le nouveau chargé d’Affaires par intérim de l’ambassade des États-Unis, Paul Yesskoo, a appelé Abidjan à mettre en place des institutions fortes et démocratiques. Les États-Unis ont également mis la pression sur Alassane Ouattara en menaçant Abidjan que si l’actuel président décide de briguer un troisième mandat, Ouattara ne pourra plus compter sur les États-Unis, a déclaré le sous-secrétaire d’État américain aux affaires politiques, David Hale.
Cette multiplication de milices, parallèles à l’armée et dirigées par des civils, laisse à penser que la crainte d’une déstabilisation par USA monte au sein du gouvernement ivoirien. Il demeure que la création des services secrets parallèles ou encore toute autre initiative du genre ne renforceraient pas l’unité au sein d’une armée qui ne s’est pas encore remise du choc du coup d’État français de 2010-2011, et qu’un État soumis aux pressions et aux ingérences étrangères a besoin avant toute chose d’une armée forte.
Deux ans de Macron à l’Élysée : le bilan de sa politique africaine
Il y a deux ans, Emmanuel Macron était élu président de la République. Lors de sa première année à l’Élysée, le président français avait dit vouloir établir un partenariat avec l’Afrique en rompant avec la politique menée par ses prédécesseurs. Mais comment peut-on analyser ces deux ans de présidentielle ? Luc Michel, géopoliticien, revient sur le sujet.
RDC : la population exige le retrait de la Minusco
En RDC, alors que la puissance d’occupation tente par tous les moyens de renforcer son ingérence dans le pays, le peuple, lui, ne semble pas prêt à se laisser faire.
Le départ de Kabila ne semble pas avoir fait de la RDC le paradis tant attendu pour les puissances néocolonialistes. La tournée du président Tshisekedi aux États-Unis et son offre de coopération militaire avec les USA, non plus. La Monusco, bras exécutant des projets euro-américains en RDC, a renvoyé des centaines de ses employés congolais.
Or, les agents locaux de la mission de l’ONU en RDC observent un mouvement de grogne depuis le lundi 6 mai. Ils protestent contre la décision de la Monusco de supprimer plusieurs centaines de postes des personnels nationaux. À Bukavu, dans le Sud-Kivu, par exemple, là où les ingérences occidentales ont provoqué une guerre vieille de près de 20 ans, une cinquantaine d’employés ont organisé un sit-in, hier mardi, pour manifester leur colère.
Vêtus pour la plupart de gilets jaunes, symbole de leur indignation selon eux et sans doute en allusion au contexte français, ces travailleurs congolais de la Monusco revendiquent, entre autres choses, le respect de la résolution 2463 des Nations unies : « Nous demandons le respect d’abord de la dernière résolution qui ne parle nullement de la fermeture de la mission ou de la réduction du staff. » Enfin c’est cette partie surtout qui a été mise en relief par les médias mainstream, histoire d’éviter de dire que les Congolais en général en ont assez de voir les puissances faire la loi chez eux.
D’où d’ailleurs la remarque : « On n’a pas peur d’être chassés parce que c’est une mission, elle doit prendre fin un jour, mais nous devons partir avec honneur, pas de cette manière. » Cette phrase dit presque tout : la présence étrangère foule au pied l’honneur et la dignité de toute une nation et cela ne saurait être toléré.
Des manifestations similaires ont été organisées à Uvira. Dans le cas où leurs revendications ne seraient pas prises en compte, les Congolais indiquent qu’ils comptent accentuer leur mouvement pas des sit-in à la mi-journée et d’autres actions de grande envergure plus tard. Cette révolte « anti occupation » devrait sonner comme un avertissement à l’adresse du président congolais, Félix Tshisekdi, qui, au cours de sa visite aux États-Unis, avait a appelé à des coopérations militaires accrues avec les États-Unis, coopération qui pourraient finir, l’expérience l’a bien prouvé, par nuire à l’armée nationale.
Regardez cette vidéo sur YouTube !